La saga du chaga

Le Polypore oblique, mieux connu sous le nom de chaga, est un champignon parasite des bouleaux, sur lesquels il forme une croûte noire hideuse, coriace et stérile qui lui sert de réserve d’énergie (sclérote). Il tue son hôte en une vingtaine d’années puis se reproduit sur son cadavre. Voilà pour la bête!

La saga du chaga

Depuis des lustres, plusieurs peuples nordiques consomment le chaga (Inonotus obliquus) en infusion. Il est devenu populaire à la suite de la publication du roman Le pavillon des cancéreux d’Alexandre Soljenitsyne dans les années 1960, dans lequel l’auteur fait découvrir une région de la Sibérie épargnée par le cancer où le chaga est consommé.

Pour les mordus de médecine naturelle, le miraculeux chaga permet de contrer le cancer et de traiter pratiquement toutes les maladies. Pour les gastronomes qui suivent cette mode, ce champignon pour le moins insipide devient tout à coup un nectar comparable à un bon pinot. Pour d’autres adeptes du chaga, ce divin champignon ne saurait être un méchant parasite, il est donc hissé au titre noble de symbiote en expliquant de manière tordue qu’il aide son hôte à survivre à sa vingtaine de derniers hivers. Suivent les vils renards capitalistes par l’odeur alléchée qui y voient une occasion en or de s’enrichir. Puis c’est le tour de mycologues sceptiques qui dénoncent catégoriquement l’imposture, comparant par exemple le chaga à de la poudre de perlimpinpin. Plus sérieusement et pendant ce temps, des chercheurs scientifiques étudient le chaga et dressent peu à peu ses véritables propriétés médicinales.

Que faut-il retenir de tout ceci ? Le chaga est un champignon insipide qui possède des propriétés anti‑cancer et anti-inflammatoires avérées par de nombreuses études. Sa cueillette abusive en fera vite une rareté et par conséquent un produit de luxe, car sa régénérescence prend plusieurs mois. Mais, la pire dérive à redouter serait que des renards cupides se mettent à infecter des arbres sains pour augmenter leurs profits. Le champignon lui-même est-il menacé d’extinction ? C’est improbable, mais si ça devait être le cas, tous les bouleaux de la rivière Mingan s’en rappelleraient comme de leur pire cauchemar.

Texte et photo: Jean Després

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